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Lac Léman

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LXVIII. - Le lac Léman me sourit, avec son front de cristal, miroir où les étoiles et les montagnes admirent le calme de leur aspect, leurs sommets élevés, et leurs éclatantes couleurs. Je retrouve ici trop de traces de l'homme pour pouvoir contempler avec recueillement tout ce que j'y vois de grand; bientôt la solitude réveillera dans mon âme des pensées oubliées un moment, mais qui ne me sont pas moins chères qu'elles ne l'étaient avant que mon retour au milieu du troupeau des hommes m'eût condamné à vivre dans le bercail.

LXXXV. - Limpide Léman! le contraste de ton lac paisible avec le vaste monde au milieu duquel j'ai vécu, m'avertit d'abandonner les eaux troubles de la terre pour une onde plus pure. La voile de la nacelle sur laquelle je parcours ta surface semble une aile silencieuse qui me détache d'une vie bruyante; j'aimais jadis les mugissements de l'océan furieux; mais ton doux murmure m'attendrit comme la voix d'une sœur qui me reprocherait d'avoir trop aimé de sombres plaisirs.

LXXXVI. - Voici l’heure de la nuit et du silence. Depuis tes bords jusqu'aux montagnes, tous les objets sont voilés des couleurs du crépuscule, et seront bientôt confondus dans les ténèbres: pourtant tous se distinguent encore excepté le Jura plus obscurci dont les hauteurs semblent des précipices escarpés; plus près de ta rive je respire les doux parfums qu'exhale le calice des fleurs à peine écloses. On entend le bruit léger des gouttes d'eau qui découlent de la rame suspendue sur le lac, pendant que le grillon salue la nuit de ses chants répétés.

Lord Byron – Le pèlerinage de Childe-Harold – Chant troisième